Variations autour de la Prohibition
Nous y voilà donc : depuis quelques mois, Claire et moi vivons aux Etats-Unis, dans la proche banlieue de Washington DC. Et pour le vin comme pour le reste, nous avons commencé à prendre nos marques le plus vite possible. Et ce que nous avons découvert nous laisse bien souvent pantois… Voici un petit tour d’horizon, non exhaustif, de nos étonnements, de nos trouvailles et de nos coups de gueule.
Tout d’abord, nous avons laissé notre cave à Paris. Toute ? Toute. Les Etats-Unis n’acceptent pas plus l’importation de caves particulières que celle d’explosifs scotchés à vos sous-vêtements. Dangereux le vin ? Non, surtout très lucratif et très taxé le business de l’importation de vin français… Deux bouteilles par personne et par vol transatlantique. À ce rythme-là, Dégustons.com vous prépare de splendides verticales de Château Vinaigre pour 2015. Mais bon, dura lex sed lex et le douanier US, tout le comme le trésorier de Dégustons, est peu ouvert à la négociation. OK : on redémarre la cave à zéro.
Premier week-end dans le Maryland et premier constat. Il est interdit de vendre de la nourriture et de l’alcool dans le même magasin. Pas d’histoire de licence, de passe-droit, de jour ou d’heure d’ouverture. Une fois encore, c’est la loi. Vous pouvez avoir deux magasins côte à côte, l’un vendant du vin et l’autre de la nourriture, mais il faut deux entrées séparées. Une particularité du Maryland assez curieuse, qui n’est pas reprise dans de nombreux autres états. Bon, pourquoi pas. On a bien deux frigos à la maison – ah oui, on ne vous a pas dit. Le jour de notre arrivée, on a acheté un second frigo, juste pour le vin. Très chic, la cuisine avec deux frigos.
Nous rentrons donc chez le premier caviste. Pas le premier venu non plus, un très bon caviste chaudement recommandé, Mills a Annapolis, Maryland (www.millswine.com). En dix minutes, on a compris : il y a tout ce qu’il faut ici. Et c’en est même énervant. Prenez n’importe quel domaine français réputé, chez lequel vous faites des pieds et des mains pour grappiller quelques bouteilles. Au hasard, un domaine de Meursault qui fait des blancs sur la réduction avec une étiquette parcheminée. Ou un domaine de Puligny très connu pour sa biodynamie radicale. Dans les deux cas, des colonnes de bouteilles nous attendent. Les exportations françaises semblent se porter pas trop mal. Enervant, rassurant, ou bien un peu les deux ? Rassurant pour nous et pour notre frigo vide, à coup sur ! Nous pourrons nous approvisionner facilement, notamment en vins français, et parfois encore plus facilement que si nous étions en France ! Joli paradoxe, et 1-0 pour les Etats-Unis.
Retour à Washington, visite du plus grand caviste du District (of Columbia), McArthur Beverages (www.bassins.com). Même chanson, en version symphonique. Tous les pays, toutes les régions, toutes les couleurs, tous les prix, pour tous les goûts. Une sélection sûre, des dégustations gratuites, d’excellents conseils, des vendeurs humbles et disponibles et des prix très raisonnables. Un peu comme chez Lavinia… Non je rigole. Bref, une adresse très recommandable. La preuve ? L’un des vins du mois – Le Bouzeron de A. et P. de Villaine 2006. J’en finis un verre en préparant cet édito…
Et au restaurant ? Beaucoup de belles cartes, avec des ratios de prix particulièrement serrés et de belles sélections au verre. Pour cette fois-ci, on ne vous donne pas d’adresse, il faudra venir nous voir pour les découvrir !
Enfin, la presse du vin est vivante – plusieurs titres, faciles à trouver. Le Wine Spectator est le plus répandu, et certainement pas le moins pertinent ce qui est une excellente surprise. Heureusement, ils jettent actuellement leur dévolu sur des vins moins boisés, moins extraits, plus fruités – et leur région de prédilection est la Loire. Ils ont bon goût, au Wine Spectator !
Alors, les Etats-Unis, un Eldorado pour l’amateur de vin ? Pour nous, oui, sans aucun doute. Mais peut-être pas partout. Nous avons de la chance d’habiter dans la capitale, au milieu des ambassades, et je ne tiendrais certainement pas le même discours au fin fond de l’Arizona. De plus, le vin est encore souvent mal vu, il reste un objet de délit tout autant qu’un objet de désir. Pas de sac transparent pour porter votre bouteille dans la rue – et si vous êtes avec vos enfants, ils n’ont pas non plus le droit de porter de bouteilles. Cachez ce vin que je ne saurais voir… la Prohibition a marqué des points et les esprits sont encore très puritains. Et pourtant, apporter une bouteille de Champagne à l’apéro chez des amis reste le signe d’une éducation raffinée !
Je laisserai le mot de la fin à l’inspecteur de l’auto-école : « Vous êtes Français ? Je vais vous passer deux fois le DVD sur les dangers de l’alcool au volant. Dans votre pays, tout le monde sait que les enfants boivent dès l’âge de 6 ans. »
Ben figurez-vous que je l’ai eu, le permis. Et le soir, de retour à la maison, pour fêter ça, on a bu un verre de vin. Avec modération et entre adultes.
Belles dégustations de Février à tous !
Vincent pour Dégustons.com |
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Note : 19/20
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